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Une action sur deux fait moins bien que le Livret A. Et pourtant, la bourse l'écrase

J'ai simulé l'achat de chaque action de la zone euro, à n'importe quel moment depuis 2000. Presque une fois sur deux, un Livret A aurait fait mieux. Pendant ce temps, le marché a fait presque trois fois mieux que le Livret A. Les deux sont vrais, et la recherche le confirme.

Par Baptiste_Lambin · 13/10/2026 · 7 min de lecture

On entend souvent qu'« en bourse, sur le long terme, on gagne toujours ». C'est vrai pour le marché dans son ensemble. Mais est-ce vrai pour une action que l'on choisit ?

Pour le savoir, j'ai fait une expérience simple : acheter une action de la zone euro à n'importe quel moment depuis 2000, et comparer le résultat, quelques années plus tard, avec un Livret A ouvert le même jour.

Réponse : presque une fois sur deux, le Livret A a fait mieux. Pendant ce temps, le marché de la zone euro a fait +187 %, contre +64 % pour le Livret A.

Ces deux chiffres ont l'air de se contredire. Ils ne se contredisent pas, et comprendre pourquoi est sans doute l'une des choses les plus utiles à savoir quand on choisit ses actions soi-même.

Comment j'ai mesuré

J'ai pris 2 350 actions cotées dans la zone euro (Paris, Francfort, Amsterdam, Madrid…), dont 915 qui ont disparu de la cote depuis : faillites, rachats, retraits.

Pour chaque action et chaque mois où elle était cotée, j'ai simulé un achat, soit près de 400 000 achats. Puis j'ai regardé le résultat 1, 3, 5, 10 et 20 ans plus tard, dividendes compris, face à un Livret A ouvert le même jour. Si l'action disparaît entre-temps, l'argent récupéré part sur le Livret A.

Le résultat

Résultat…Moins bien que le Livret AEn perteMoins bien que le marché
1 an après l'achat48 %46 %54 %
3 ans après47 %43 %54 %
5 ans après44 %40 %55 %
10 ans après39 %34 %53 %
20 ans après35 %29 %53 %

Le temps aide, mais beaucoup moins qu'on ne le croit :

Et tout dépend du moment :

Sur toute leur vie en bourse

Si l'on suit chaque action depuis début 2000 (ou son entrée en bourse) jusqu'en mai 2026 (ou sa disparition) :

Ce ne sont pas seulement des inconnues : Wirecard (−99 %), Orpea (−98 %) ou Atos (−99,6 % depuis 2000) en font partie.

Même les survivantes ne font pas mieux : parmi les sociétés encore cotées aujourd'hui, une sur deux a fait moins bien que le Livret A. Pour celles entrées en bourse après 2000, c'est six sur dix.

Alors comment le marché fait-il +187 % ?

Parce qu'une minorité d'actions fait des performances énormes, qui compensent toutes les autres.

Sur la même période, dividendes réinvestis :

Une seule action comme celle-là pèse plus que des dizaines de faillites : on ne peut perdre que 100 %, mais on peut gagner 20 000 %.

J'ai fait le calcul suivant : et si on avait mis 1 000 € dans chacune des 2 350 actions ?

C'est pour ça que la moyenne et la médiane racontent deux histoires opposées :

Un exemple récent : en 2024, avec un Livret A à 3 %, six actions sur dix ont fait moins bien que lui, alors que le marché prenait +9 %. Ce sont surtout les très grosses sociétés qui ont porté l'indice cette année-là.

Ce que dit la recherche

Ce résultat n'est pas une découverte, et c'est bien ce qui le rend solide : je le retrouve avec des données, une période et un taux de référence différents.

Bessembinder, 2018 : quatre actions sur sept

En 2018, Hendrik Bessembinder publie dans le Journal of Financial Economics une étude au titre provocateur : « Do stocks outperform Treasury bills? ». Il suit les quelque 26 000 actions cotées aux États-Unis depuis 1926.

2023 : la même chose dans le monde entier

Avec trois coauteurs, il refait l'exercice en 2023 dans le Financial Analysts Journal, sur plus de 64 000 actions de 42 pays et les ADR américains, de 1990 à 2020 :

Leur tableau par pays recoupe le mien, sur la vie de chaque action :

Pourquoi : l'asymétrie

Une action peut perdre au plus 100 %, mais elle peut gagner 1 000 % ou 10 000 %. Les rendements se répartissent donc avec beaucoup de petites déceptions et quelques succès gigantesques. Plus on attend, plus l'écart se creuse, parce que les gains se capitalisent. C'est l'explication que donne Bessembinder.

Les limites

Ce que j'en tire

Choisir quelques actions, c'est accepter qu'une sur deux puisse faire moins bien qu'un Livret A, et qu'une poignée seulement, qu'on n'a pas forcément en portefeuille, fasse toute la performance. C'est l'argument classique en faveur de la diversification. Cela n'empêche pas de sélectionner des actions, mais ça oblige à regarder ses résultats en face.

C'est aussi pour ça qu'il faut se méfier des portefeuilles qu'on voit passer en ligne. Montrer ses trois plus belles lignes, c'est facile. Ce qui compte, c'est la performance de l'ensemble, perdantes comprises.

C'est le principe de Lambin, l'application que je construis : chaque achat et chaque vente est enregistré au cours du moment par le serveur, et rien ne peut disparaître de l'historique. On voit les Lotus Bakeries, mais aussi les Orpea.

Chiffres détaillés disponibles sur demande. Cet article décrit une étude statistique et ne constitue pas un conseil en investissement.

Sources

Lambin : ici, personne ne peut mentir sur sa performance.

Chaque achat y est certifié au cours du serveur : les performances des membres et de nos modèles sont vraies, échecs compris. L'accès ouvre bientôt, les inscrits entrent les premiers.

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Cet article est une analyse personnelle de son auteur. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Investir comporte un risque de perte en capital. · Tous les articles · Le guide

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